Et les migrants climatiques?

Face au sujet sensible des migrants et éminemment politique, face aux bras-de-fer diplomatiques que se livrent les Etats membres de l’Union Européenne à ce propos, face aux noyades en Méditerranée, face aux errances de l’Aquarius SOS Méditerranée, Bio dans nos vies se pose la question autour des migrants climatiques d’aujourd’hui et de demain.

 

Car même si le taux d’arrivée en Europe aujourd’hui est de 89% plus bas qu’en 2015, année qui a connu une crise migratoire sans précédent avec près d’1.8 million de migrants  enregistrés en recoupant les chiffres de divers organismes, ce ralentissement ne serait que provisoire. Actuellement les causes de cette baisse ne sont pas liées aux meilleurs conditions de vies dans les pays que quittent les migrants, ni au retour de la paix dans certaines zones, mais pourraient se trouvées dans le fait que l’Union européenne a financé et formé une centaine de garde-côtes libyens, l’hiver dernier, et que l’Italie leur a fourni au printemps des vedettes pour patrouiller, appuyées depuis peu par des navires militaires italiens dans les eaux libyennes. 

Cette baisse pourrait aussi se trouver plus en amont sur le continent africain: à la suite d’accords entre l’UE et les pays de transit, « les routes sont bloquées, les passages plus contrôlés », estime Mussie Zerai, un prêtre érythréen surnommé l’«ange gardien des migrants» et qui vit en Suisse aujourd’hui, interrogé par l’AFP. Le drame est que cette diminution entraîne probablement une dégradation des conditions des exilés: au Soudan, où les autorités ont augmenté leurs patrouilles le long des frontières, les ONG dénoncent le recours aux milices violentes qui combattaient les rebelles du Darfour, par exemple. Ou en Libye, dont « les tribus du Sud ont aussi signé des accords, d’après le père Zerai et ou les migrants sont jetés dans des centres de détention cauchemardesques dans le désert, ou refoulés ». 

Ces dispositifs sont montrés du doigt par des associations de défense des droits de l’homme. Dans une enquête publiée fin 2017, Amnesty International accuse l’Europe de se rendre complice des graves violations dont sont victimes des migrants en Libye, où ils se retrouvent bloqués.                                                           en savoir plus sur cette enquête: cliquez sur le logo

Aujourd’hui, les motifs de migration se juxtaposent, s’influencent mutuellement, se mélangent. Les facteurs économiques, politiques et environnementaux sont de plus en plus étroitement liés. Les diverses raisons de migration s’entrainent les unes les autres et la distinction établie dans les années 1950 entre réfugiés politiques, protégés par la Convention de Genève, et migrants économiques est devenue caduque.

De nouvelles interrogations se posent donc.

Le rapport de la Banque Mondiale de mars 2018 parle de 143 millions de migrants climatiques d’ici à 2050. Ces populations seront contraintes de quitter leur région en raison des conséquences directes du changement climatique (manque d’eau, baisse des rendements agricoles, manque de nourriture, inondations, vagues de chaleur, sécheresses, cyclones, etc.) mais aussi des conflits que ces changements climatiques provoqueront. Ces phénomènes existent déjà dans certains États politiquement instables, tels que le conflit pour l’accès aux terres fertiles et aux réserves d’eau potable et qui nourrit la guerre au Darfour en autre. 

Si aucun traité mondial encadrant les migrations n’est ratifié, les actions antérieures menées, actions qui se sont essentiellement attelées à  la violence et aux conflits comme principales causes des exodes, quel sera le statut de ces migrants environnementaux ? Qui les aidera et les indemnisera ? Comment prouver le rapport de cause à effet entre le changement climatique et leur déplacement ?

Le chercheur François Gemenne, spécialiste des migrations liées aux changements de l’environnement, défend le terme de « réfugiés climatiques » plutôt que de « migrants climatiques ».

Le droit fondamental de chaque être humain est de vivre en paix chez soi. Or les dérèglements climatiques auquels nous sommes confrontés remettent en cause ce droit, et ce n’est pas fini si nous ne faisons rien. Les gouvernements doivent tout mettre en œuvre pour prendre en compte et gérer cette problématique, qui a déjà commencé.

Un nouveau Pacte mondial sur les réfugiés, actuellement en débat à l’ONU et qui devrait être présenté par les États membres de l’ONU d’ici à la fin de cette année, s’appuie sur les propositions de l’HCR (agence des nations unies pour les réfugiés) et sur le cadre existant tout en tenant compte de la réalité actuelle, notamment dans un premier temps de la nécessaire protection de ceux qui sont forcés de migrer en raison de catastrophes naturelles et de changements climatiques.

Dans un deuxième temps tenter d’éviter que ces déplacements de populations liés au changement climatique ne dégénèrent en crise humanitaire. Selon la Banque mondiale leur nombre pourrait être réduit jusqu’à 80%, si les politiques agissaient « sur plusieurs fronts » en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, en intégrant ces déplacements de populations dans les plans de développement ou en investissant pour mieux comprendre les processus de migration climatique interne. 

A suivre…

« Le changement climatique a déjà des impacts sur les mouvements de population et le phénomène pourrait s’intensifier, énonce John Roome, le directeur en charge du changement climatique à la Banque mondiale. Mais si l’on parvient à limiter les émissions de gaz à effet de serre et à encourager le développement par des actions en matière d’éducation, de formation, d’usage des terres… ce sont seulement 40 millions de migrants climatiques, et non 143 millions, auxquels ces trois régions devront faire face. La différence est énorme »,

Voici la conclusion du rapport de la Banque de France intitulé Groundswell (lame de fond): se préparer aux migrations climatiques internes aide à mettre un visage humain sur un problème de développement croissant qui oblige des populations à se déplacer en situation de détresse pour échapper aux effets à long terme du changement climatique. Ses conclusions doivent être prises au sérieux si le monde veut préserver les récentes avancées enregistrées en matière de développement et offrir à tous des modes de subsistance durables. 

Selon Nicolas Hulot, ancien ministre de la Transition écologique, le dérèglement climatique cause deux fois plus de déplacements que les conflits. Il souligne  donc qu’il existe « une nécessité, non pas de s’effrayer de cette situation, mais de l’appréhender pour essayer d’en atténuer les effets ».

Espérons, par conséquent, que les gouvernements s’emparent du problème, qu’ils ne restent pas sourds aux sirènes d’alarme de La banque Mondiale, des spécialistes des mouvements migratoires et de l’écologie, et que plus jamais ne se noient ceux qui cherchent à vivre plus dignement ou en paix.

Erika Del Citerna Rasse pour Bio dans nos vies

 

 

 

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