Les plantes médicinales par Pascale Imbert, Docteur en Pharmacie


Pascale Imbert, Docteur en pharmacie est passionnée par les plantes médicinales et l’aromathérapie. Elle nous fait partager son amour des plantes, portrait :

J’ai trois enfants. Venant d’une famille de pharmaciens j’ai suivi la tradition et fais mes études de « Docteur en Pharmacie » à la Faculté de Montpellier. Depuis mon enfance, je suis attirée par les grands espaces, la montagne, les paysages sauvages, les animaux… Au cours de mon cursus universitaire, c’est donc naturellement la botanique, puis l’étude des plantes médicinales qui retinrent mon attention. Fascinée par l’histoire du pavot, je me suis spécialisée en phytothérapie, puis, plus tard, en aromathérapie. Forte de ce savoir, j’ai travaillé plus de 10 ans pour les Laboratoires Arkopharma en me formant le temps de quelques weekends aux principes de la médecine chinoise. Confortée par l’existence d’une approche différente de la santé j’essaie de la promouvoir au sein des « Entretiens Internationaux de Monaco », revues, sites… En constant émerveillement, passionnée, j’ai envie de vous faire connaître, notre environnement végétal, au travers de tous les trésors qu’il nous offre.

LA NATURE EST UN DON

 Depuis six mois, la nature nous offre ce qu’elle a de plus beau. Dès le mois de Mars, nous avons vu Madame Bourrache parée de ses plus beaux atours. Sa corolle ornée de ses cinq pétales bleus n’est à nulle autre pareille. Leur forme et leur couleur intense enchantent le regard et nous émerveillent. Cependant cette belle est pudique et n’aime pas qu’on la regarde ; alors elle se revêt de multiples poils qui lui donneraient un aspect presque repoussant. Approchez-vous et prenez le temps de la découvrir. Elle est magnifique ! Dans un incessant ballet de couleurs, de formes et d’odeurs Messieurs Cistes, cotonneux, de Montpellier ou ladanifère, sont apparus, toujours fragiles, le moindre souffle les chiffonne, puis le robuste et imposant Monsieur Pissenlit accompagné de tous ses pages Crépis. Vint ensuite le tendre et coquet Monsieur Coquelicot si élégant avec ses fins pétales rouges et noirs et ses étamines « plumeteuses »… Et Monsieur Romarin, ou encore Monsieur Thym et Madame Lavande qui flattent notre odorat et stimulent notre système limbique. Quelle générosité, quelle gentillesse de rendre nos jardins, nos campagnes, nos paysages azuréens si beaux ! Mais toute cette beauté n’est pas pour nous, humains, ce serait trop orgueilleux de penser qu’elle nous est destinée, c’est une histoire de nature dans laquelle nous sommes simplement invités à contempler ! Au printemps les plantes se parent de leurs plus beaux atours pour plaire. Mais à qui ? 

Pas à nous, nous l’avons compris, ni aux ruminants qui s’en délectent mais aux insectes qui les pollinisent et permettent leur reproduction. C’est à cause ou grâce à leur immobilisme que les végétaux développent les plus grandes stratégies pour faire venir à eux des vecteurs de leurs cellules sexuelles que sont les abeilles, les papillons… Les couleurs de leurs corolles, l’odeur et la forme de leurs fleurs attirent de nombreux animaux ailés. Le jaune des genêts plait particulièrement aux bourdons, l’odeur parfois nauséabonde de certaines plantes attire les mouches, la forme des orchidées imite celle d’une guêpe. Bêtes à six pattes et plantes vont étroitement collaborer pour permettre à ces dernières de donner la vie. Quelle belle leçon d’altruisme entre deux mondes totalement différents, pourtant ne nous y trompons pas, la nature est parfois cruelle, certains insectes en mourront. Une fois fécondée, toute fleur donnera un fruit (akène, baie, drupe, gousse, capsule…) contenant une graine qui germera pour donner une autre plante ; leur but de pérennité sera atteint. Et grâce à cette extraordinaire collaboration, chaque été, nous nous délectons de fraises qui ne sont que des réceptacles floraux charnus chargés de mille et un minuscules akènes, de cerises, appétissantes drupes rouges, ou encore de haricots dont la gousse verte est si tendre… Que la nature fait bien les choses en subvenant à nos besoins alimentaires… La nature est un don ! Pendant six mois elle nous a éblouis par sa beauté, ses flagrances, son ingéniosité, sa générosité… Elle a accompli sa mission de vie, il est grand temps de la laisser se reposer… L’automne est là ! Respectons son silence, son repos est bien mérité !

Cependant, au plus profond d’eux-mêmes, les végétaux travaillent, toujours. Ils fabriquent inlassablement des molécules chimiques qui servent à leur nutrition, leur croissance, leur multiplication… Pour le bonheur et le bien-être de l’humanité, certaines de ces substances ont des propriétés thérapeutiques, parfois tellement fortes qu’elles en deviennent toxiques. C’est là, toute l’ambiguïté de la notion d’« Effet-dose » dont le premier théoricien fut Hippocrate de Cos, père de la Médecine Occidentale. Depuis la nuit des temps, les hommes et avant eux les animaux, comme certaines espèces de singes, utilisent les plantes à des fins médicales. Ces plantes aux pouvoirs thérapeutiques sont désignées par le terme de « Plantes Médicinales ». L’aubépine (Crataegus oxyacantha L.) avec ses magnifiques rameaux blancs, les parties aériennes fleuries de la fumeterre (Fumaria officinalis L.), la baie séchée du gattilier (Vitex agnus-castus L.), la mauve (Malva sylvestris L.)… agissent sur la physiologie de l’organisme, sur le système cardio-vasculaire, digestif, neuro-endocrinien ou encore respiratoire…

 Le romarin (Rosmarinus officinalis L.) est utilisé pour son activité hépato – protectrice cependant cette plante du bassin méditerranéen est aussi une « Plante Aromatique ». Les plantes aromatiques telles que le thym (Thymus vulgaris L.), la lavande officinale(lavandula angustifolia Mill.) ou aspic (Lavandula latifolia Medik.), la sauge officinale (Salvia officinale L.) ou sclarée (Salvia sclarea L.)… ont la particularité de produire de l’huile essentielle. Ce concentré de molécules très odorant possède de multiples pouvoirs thérapeutiques. Par exemple, l’huile essentielle de romarin a une activité anticatarrhale, mucolytique et antiseptique ; selon le chémotype et la posologie elle sera aussi équilibrante.

On ne peut clore cet article sur le pouvoir des plantes sans mentionner le pavot somnifère (Papaver somniferum L.). A partir de cette plante, on obtient différentes molécules dont la codéine, la morphine, la papavérine, l’opium, l’héroïne… C’est, par excellence, la plante de la vie grâce à son fort pouvoir antalgique et antispasmodique et celle de la mort… 

La connaissance des plantes médicinales est complexe. Dans nos pays, elle fait appel à de nombreuses disciplines telles que la botanique, la chimie organique, la physiologie, la pharmacognosie, la pharmacologie ou encore l’ethnopharmacologie… 

L’utilisation du végétal en tant que médicament est vieille de plus de 100 000 ans. Elle est encore d’actualité dans de nombreuses ethnies à travers le monde et retrouve petit à petit ses lettres de noblesse, en Occident, où le médicament chimique fut la panacée dans la deuxième moitié du XXème siècle.

La nature est une source bienfaitrice mais fragile, c’est une source de vie ! La nature est un don, protégeons-la ! Pascale Imbert

L’aromathérapie ET les soins aromatiques

Tout le monde a entendu parler des huiles essentielles. Elles évoquent bien souvent la lavande, cultivée en Provence ; le thym et romarin dont les senteurs rappellent le soleil du sud de la France. Leurs odeurs ne nous laissent jamais indifférents. Mais les huiles essentielles ne sont pas que des fragrances, elles ont une activité thérapeutique que l’on utilise en aromathérapie ou lors de soins aromatiques. Les huiles essentielles sont des mélanges complexes de molécules volatiles synthétisées par 

certaines plantes dites « aromatiques » ; elles sont stockées dans des vacuoles, des poils sécréteurs… d’où on les extrait par distillation (entraînement à la vapeur d’eau), par expression… Contrairement à ce que leur appellation suggère, elles ne sont pas grasses mais de nature lipophile ce qui leur donne un atout certain que nous verrons ultérieurement. Les huiles essentielles présentent, en plus d’une efficacité thérapeutique considérable, de nombreux intérêts, dans bien des domaines.

Premièrement, elles peuvent être administrées de trois manières différentes : par inhalation, par voie transcutanée ou per os. Selon l’activité désirée et la sensibilité du patient, une voie sera privilégiée. La diffusion des huiles essentielles dans l’atmosphère soigne ou soulage une personne (activité antiinfectieuse, sédative…), assainit l’air ambiant et/ou masque une odeur désagréable. Les huiles essentielles, grâce à leur nature lipophile, passent la barrière cutanée pour agir localement (activité antiinflammatoire, antiprurigineuse…) ou rejoindre la circulation sanguine. Quand elles sont prises oralement, elles agissent de façon systémique.

Deuxièmement, les huiles essentielles (HE) présentent différentes activités thérapeutiques en lien direct avec la complexité de leur composition chimique. Par exemple, l’huile essentielle d’Eucalyptus radiata Sieb. ex DC. (Eucalyptus officinal) est antiinfectieuse et expectorante. Il est important de mentionner qu’une huile essentielle agit à deux niveaux, physiologique et psychologique. Elle a une activité sur l’organe lésé mais aussi sur l’état émotionnel du patient grâce, entre autres, à son parfum qui stimule le système limbique. Par exemple, l’huile essentielle de Lavandula angustifolia Mill. (Lavande officinale) est un antiseptique, un cicatrisant mais aussi un puissant sédatif, un relaxant.

Troisièmement, un mélange de deux à cinq huiles essentielles entraîne une synergie des activités thérapeutiques de chaque huile contenue dans le mélange. Il agit, alors, sur différents paramètres ce qui permet d’induire une thérapie ou un soin holistiques.

Quatrièmement, les HE sont actives au sein de nombreux systèmes organiques et domaines thérapeutiques. Les thérapeutes les utilisent en pneumologie, cardiologie, gastro-entérologie, urologie, rhumatologie, dermatologie… elles seront antibactériennes, antivirales, antifongiques, expectorantes, hypotensives, digestives, antiinflammatoires, antalgiques, sédatives, toniques, cicatrisantes, antihématomes…

Cinquièmement, les huiles essentielles sont des concentrés naturels d’activités ; elles sont extrêmement efficaces mais comme tout principe actif ou mélange d’actifs, certaines d’entre elles présentent des effets indésirables. Cependant, ces effets sont peu nombreux… et bien connus. 

Pour preuve, les huiles essentielles présentant un réel danger pour les patients ne peuvent être vendues que sous la responsabilité d’un pharmacien, comme celle de Salvia officinalis L. (Sauge officinale) néfaste pour le système nerveux à cause de la présence de thujone. Huit « propriétés toxiques » ont été recensées : vésicante et nécrosante (caustique), hypersensibilisante (allergisante), photosensibilisante, neurotoxique, néphrotoxique, hépatotoxique, carcinogénique et abortive. Toutefois, pour éviter tout problème, l’automédication est déconseillée et un avis médical vivement recommandé pour la femme enceinte, allaitant et pour les jeunes enfants.

Comme pour toute substance à activité thérapeutique puissante, la dose (elles sont la plupart du temps diluées) et la durée du traitement induisent son efficacité mais aussi, parfois, sa toxicité. Il est donc très important de respecter la posologie prescrite ou conseillée par une personne compétente.

Les huiles essentielles sont à la fois connues et méconnues du grand public et du personnel médical, c’est là toute l’ambiguïté qui les caractérise. Elles n’ont, parfois, que l’image, très réductrice, de substances désodorisantes ; ou elles traînent les fantômes d’une mauvaise utilisation avec les effets secondaires décrits précédemment.

Les huiles essentielles ont leur place dans l’arsenal thérapeutique. Les soins aromatiques commencent à se développer, en France, à l’étranger, dans les cliniques, les hôpitaux, les EHPAD… pour le bien des patients et du personnel soignant. Il faut continuer à les faire connaître afin de rendre leur utilisation plus systématique.

Pascale Imbert.

Merci Pascale,  nous te retrouverons souvent pour des conseils santé….

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